Il suivait son idée, c'était une idée fixe et il s'étonnait de ne pas avancer.
Jacques Prévert

6 Rien ne va plus !

...En plus l'armoire est vide..... En plus....
Rien ne me va plus et rien ne va plus

J’ai beau chercher
J’ai beau fouiller
J’ai rien trouvé

J’ai pas grossi
J’ai pas maigri
Mais j’ai vieilli

Plus toutes mes dents
Un peu d’argent
Pas trop pourtant

Pourquoi ce soir
J’suis dans le noir
N’Y a rien à boire ?


Je te le dis
D’puis vendredi
J’suis ramollie


J’ai plus envie
J’suis dans l’ennui
J’l’avais prédit


N’Y a pas à c*ier
J’ai beau chercher
J’ai rien trouvé


Rien à me mettre
J’suis dans la peine
Pas des sornettes


Demain matin
Pour le turbin
C’est pas malin
Tout est foutu
J’irai tout’nue
Rien n’me va plus


C’était pas ça ?
Plus rien n’me va
Le drame est là


Alors au jeu
Si je le peux
J’irais mon vieux


Une fois là-bas
On me dira
Plus rien ne va !


Rien ne va plus
En plus il a plut
Et j’suis toute nue.
"Impromptus littéraires"

2 Chez Moi - Obaldia


Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc
Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.
Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.
Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.
Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.
Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.
Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.
Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.
Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.
Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.
Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !
Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.
C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !
René de Obaldia (Innocentines")

3 RONDE

RONDES INFERNALES


Je sais bien que je suis ronde
Ne faut pas que tu me grondes
Point besoin d’être gironde
Pour entrer dans cette ronde

Celle de notre terre ronde
Qui est aussi si profonde
Que dedans ça r’mue et ça gronde
Et dessus c’est comme la fronde

Si on veut faire que ce monde
N’soit pas complètement immonde
Ne perdons pas une seconde
Laissons donc entrer James Bond

Si il rencontre une blonde
Et s’il la trouve assez ronde
C’est bien normal qu’il fonde
Et qu’aussitôt qu’il abonde
Je sais bien je suis trop ronde
Qu’c’est pour ça que tu me grondes
J’peux pas entrer dans la ronde
Je suis pas assez gironde



Ckan
pour les Impromptus Littéraires, là

2 Poésie du dimanche - Parny V et FIN


Je vous propose une série de petits poèmes composés par
 PARNY (1753-1814)
qui se suivent, mais vous pouvez quand même les lires indépendemment.
En les lisant, j'ai tout de suite pensée à Sade et sa "Justine", j'ai vérifié les dates qui correspondent puisque Sade a vécu de 1740 à 1814, Parny et Sade sont donc complètement contemporains. 
Si quelqu'un a des tuyaux je prend
FIN



TABLEAU IX

LES REGRETS

Justine est seule et gémissante,
Et mes yeux avec intérêt
La suivent dans ce lieu secret
Où sa chute fut si touchante.
D’abord son tranquille chagrin
Garde un morne et profond silence :
Mais des pleurs s’échappent enfin,
Et coulent avec abondance
De son visage sur son sein ;
Et ce sein formé par les Grâces,
Dont le voluptueux satin
Du baiser conserve les traces,
Palpite encore pour Valsin.
Dans sa couleur elle contemple
Ce réduit ignoré du jour,
Cette alcôve, qui fut untemple,
Et redit : Voilà donc l’amour !

TABLEAU X

LE RETOUR

Cependant Valsin infidèle
Ne cesse point d’être constant :
Justine, aussi douce que belle,
Par-donna l’erreur d’un instant.
Elle est dans les bras du coupable
Il lui parle de ses remords ;
Par un silence favorable
Elle répond à ses transports ;
Elle sourit à ses tendresses
Et permet tout à ses désirs ;
Mais pour lui seul sont les plaisirs.
Elle conserve sa tristesse.
Son amour n’est plus une ivresse ;
Elle abandonne ses attraits.
Mais cependant elle soupire ;
Et ses yeux alors semblent dire :
Le charme est détruit à jamais.

0 Poésie du dimanche - Parny IV


Je vous propose une série de petits poèmes composés par
 PARNY (1753-1814)
qui se suivent, mais vous pouvez quand même les lires indépendemment.
En les lisant, j'ai tout de suite pensée à Sade et sa "Justine", j'ai vérifié les dates qui correspondent puisque Sade a vécu de 1740 à 1814, Parny et Sade sont donc complètement contemporains. 
Si quelqu'un a des tuyaux je prend. 


TABLEAU VII

LE LENDEMAIN

D’un air languissant et rêveur
Justine a repris son ouvrage :
Elle brode, mais le bonheur
Laissa sur son joli visage

L’étonnement d’une pâleur.
Ses yeux qui se couvrent d’un voile
Au sommeil résistaient en vain ;
Sa main s’arrête sur la toile,
Et son front tombe sur sa main,
Dors et fuis un monde malin :
Ta voix plus douce et moins sonore,
Ta bouche qui s’entr’ouvre encore,
Tes regards honteux ou distraits,
Ta démarche faible et gênée,
De cette nuit trop fortunée
Révèleraient tous les secrets.


TABLEAU VIII



L’INFIDELITE


Un bosquet, une jeune femme,
A ses genoux un séducteur
Qui jure une éternelle flamme,
Et qu’elle écoute sans rigueur ;
C’est Valsin. Dans le même asile
Justine crédule et tranquille,
Venait rêver à son amant ;
Elle entre : que le peintre habile
Rende ce triple étonnement.



Artiste : Anne Martino

0 Poésie du dimanche -Parny III


Je vous propose une série de petits poèmes composés par
 PARNY (1753-1814)
qui se suivent, mais vous pouvez quand même les lires indépendemment.
En les lisant, j'ai tout de suite pensée à Sade et sa "Justine", j'ai vérifié les dates qui correspondent puisque Sade a vécu de 1740 à 1814, Parny et Sade sont donc complètement contemporains. 
Si quelqu'un a des tuyaux je prend. 



TABLEAU V

LE BAISER

Ah ! Justine, qu’avez-vous fait ?
Quel nouveau trouble et quelle ivresse !

Quoi ! cette extase enchanteresse
D’un simple baiser est l’effet !
Le baiser de celui qu’on aime
A son attrait et sa douceur ;
Mais le prélude du bonheur
Peut-il être le bonheur même ?
Oui, sans doute, Ce baiser-là
Est le premier belle justine ;
Sa puissance est toujours divide.
Et votre cœur s’en souviendra.
Votre ami murmure et s’étonne
Qu’il ait sur lui moins de pouvoir ;
Mais il jouit de ce qu’il donne ;
C’est beaucoup plus que recevoir.





TABLEAU VI

LES RIDEAUX

Dans cette alcôve solitaire
Sans doute habite le repos ;
Voyons : mais ces doubles rideaux
Semblent fermés par le mystère ;
Et ces vêtemens étrangers
Mêlés aux vêtements légers
Qui couvraient Justine et ses charmes,
Et ce chapeau sur un sopha,
Ce manteau plus loin, et ces armes
Disent assez qu’Amour est là.
C’est lui-même : je crois entendre
Le premier cri de la douleur,
Suivi d’un murmure plus tendre,
Et des soupirs de la langueur.

Valsin, jamais ton inconstance
N’avait connu la volupté :
Savoure-là dans le silence.
Tu trompas toujours la beauté ;
Mais sois fidèle à l’innocence.

0 Poésie du dimanche - Parny II


Je vous propose une série de petits poèmes composés par
 PARNY (1753-1814)
qui se suivent, mais vous pouvez quand même les lires indépendemment.
En les lisant, j'ai tout de suite pensée à Sade et sa "Justine", j'ai vérifié les dates qui correspondent puisque Sade a vécu de 1740 à 1814, Parny et Sade sont donc complètement contemporains. 
Si quelqu'un a des tuyaux je prend. 


TABLEAU III

LE SONGE

Le sommeil a touché ses yeux ;
Sous des pavots délicieux
Ils se ferment, et son cœur veille,
A l’erreur ses sens sont livrés.
Sur son visage par degrés


La rose devient plus vermeille ;
Sa main semble éloigner quelqu’un.
Sur le duvet elle s’agite ;

Son sein impatient palpite,
Et repousse un voile importun,
Enfin, plus calme et plus paisible.
Elle retombe mollement ;

Et de sa bouche lentement
S’échappe un murmure insensible.
Ce murmure plein de douceur

Ressemble au souffle de zéphyre,
Quand il passe de fleur en fleur ;
C’est la volupté qui soupire.
Oui ce sont les gémissemens
D’une vierge de quatorze ans,
Qui ans un songe involontaire
Voit une bouche téméraire
Effleurer ses appas naissans,
Et qui dans ses bras caressans
Presse un époux imaginaire.

Le sommeil doit être charmant,
Justine, avec un tel mensonge ;
Mais plus heureux que l’amant
Qui peut causer pareil songe !



TABLEAU IV

LE SEIN

Justine reçoit son ami
Dans un cabinet solitaire.
Sans doute il sera téméraire ?
Oui, mais seulement à demi :
On jouit alors qu’on diffère.
Il voit, il compte mille appas,

Et Justine était sans alarmes :

Son ignorance ne sait pas
A quoi serviront tant de charmes.
Il soupire et lui tend les bras ;
Elle y vole avec confiance ;
Simple encore et sans prévoyance.
Elle est aussi sans embarras,
Modérant l’ardeur qui le presse,
Valsin dévoile avec lenteur
Un sein dont l’aimable jeunesse
Venait d’achever la rondeur.
Sur des lis il y voit la rose ;
Il en suit un léger contour ;
Sa bouche avide s’y repose :
Et l’échauffe de son amour.
Et tout-à-coup sa main folâtre
Enveloppe un globe charmant,
Dont jamais les yeux d’un amant
N’avaient même entrevu l’albâtre.

C’est ainsi qu’à la volupté
Valsin préparait la beauté
Qui par lui se laissait conduire ;
Il savait prendre un long détour.
Heureus qui s’instruit en amour,
Et plus heureux qui peut s’instruire !

Artiste : XiPan

0 Poésie - Parny I

Je vous propose une série de petits poèmes composés par
 PARNY (1753-1814)
qui se suivent, mais vous pouvez quand même les lires indépendemment.
En les lisant, j'ai tout de suite pensée à Sade et sa "Justine", j'ai vérifié les dates qui correspondent puisque Sade a vécu de 1740 à 1814, Parny et Sade sont donc complètement contemporains. 
Si quelqu'un a des tuyaux je prend.
Cela nous conduira jusqu'à dimanche, ou vous pourrez vous régaler de la totalité !!! héhé !

 TABLEAU PREMIER

LA ROSE

C’est l’âge qui touche à l’enfance,
C’est Justine, c’est la candeur.
Déjà l’amour parle à son cœur :
Crédule comme l’innocence,
Elle écoute avec complaisance
Son langage souvent trompeur.
Son œil satisfait se repose
Sur un jeune homme à ses genoux,
Qui d’un air suppliant et doux
Lui présente une simple rose.
De cet amant passionné
Justine, refusez l’offrande ;
Lorsqu’un amant donne, il demande.
Et beaucoup plus qu’il n’a donné.



TABLEAU II

LA MAIN

Quand on aime bien, l’on oublie
Ces frivoles ménagemens
Que la raison ou la folie
Oppose au bonheur des amans.
On ne dit point : « La résistance
Enflamme et fixe les désirs ;
Reculons l’instant des plaisirs
Que suit trop souvent l’inconstance. »
Ainsi parle un amour trompteur,
Et la coquette ainsi raisonne.
La tendre amante s’abandonne
A l’objet qui toucha son cœur ;
Et dans sa passion nouvelle,
Trop heureuse pour raisonner
Egle est bien loin de soupçonner
Qu’un jour il peut être infidèle ;
Justine avait reçu la fleur,
On exige alors de sa bouche
Cet aveu qui flatte et qui touche,
Alors même qu’il est menteur.
Elle répond par sa rougeur ;
Puis avec un sourire céleste
Aux baisers de l’heureux Valsin
Justine abandonne sa main,
Et la main promet tout le reste.

Artiste : XiPan
Et que le vaste monde poursuive sa course folle !
Cormac Mc Carthy - La route