Il suivait son idée, c'était une idée fixe et il s'étonnait de ne pas avancer.
Jacques Prévert

0 Pascal Blaise 1623-1662

"L'homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant."

FACE A L'INFINI

Blaise Pascal dérange. D'aucuns l'abandonneraient volontiers aux pages jaunies d'un Lagarde et Michard, lui reconnaissant certes un style admirable mais ne sachant trop quoi faire d'une pensée habitée par la foi. Ne doit-on voir en Pascal que le modèle achevé de l'écriture classique ? Rien n'est moins s$ru car c'est faire fi, à bon compte, d'une réflexion profonde sur la condition humaine, sur les limites de la raison, sur le relativisme de la justice et du droit, ou sur les sciences dans lesquelles il excellait. "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années" écrivait Pierre Corneille. Qui saurait mieux illustrer cette maxime que Pascal, son contemporain ?
Né en 1623 à Clermond Ferrand, le jeune Blaise est éduqué par son père, magistrat féru de mathématiques, et montre d'étonnantes capacités. A onze ans il compose un Traité sur les sons ; à seize ans, un Essai sur les coniques ; à dix neuf ans, il invente la pascaline, l'une des premières machines à calculer : à vingt-cinq ans, ilfait réaliser par son beau frère, Florin Périer, la célèbre expérience du puy de döme qui prouve  la pesanteur de l'air et  l'existence du vide... Avant de devenir, avec Pierre de Fermat, l'inventeur du calcul des probabilités.

L'homme est un "roseau pensant"
Pourtant, ce brillant scientifique se défie de la seule raison. A l'occasion d'un acident de son père soigné par deux médecins convertis, Pascal et sa famille découvrent peu à peu un christianisme plus rigoureux, celui de Port-Royal, inspiré de la pensé de Jansénius.
La nuit du 23 novembre 1654, Pascal fait une expérience mystique qui change radicalement son existence. Dans le feu de cette révélation, il note un Mémorial qu'il gardera désormais jusqu'à sa mort cousu dans la doublure de son vêtement.
Cet épisode le conduit à approfondir son engagement religieux. Le christianisme de Port-Royal, décrié par les Jésuites, est menacé et l'un de ses plus brillangs représentants, Antoine Arnaud, est attqué par la Sorbonne. C'est ce qui décide Pascal à publier, sous un pseudonyme, des lettres, Les provinciales (1656-1657), modèle de rhétorique et d'éloquence, qui défendent Arnaud, attaquent les jésuites et font scandale. Mais sa foi ardente le conduit à un plus ambitieux projet : composer une Apologie de la raison chrétienne que sa mort précoce en 1662 l'empêchera d'achever et dont les fragments constituent les célèbres Pensées.
Si la foi est cardinale, elle n'annihile pas la raison. Plus que quiconque, Pascal, "cet effrayant génie" comme le qualifiait Chateaubriand, connaît la puissance du raisonnement même s'il en relève les limites. Ainsi, la géométrie ne définit certes pas tous les termes et part de principes qu'elle ne peut démontrer, mais elle prouve tout le reste (De l'esprit géométrique).
Pascal distingue le coeur et la raison : c'est le coeur (autrement dit la lumière naturelle, l'intuition) qui nous fait connaître les premiers principes,, par exemple que les nombres sont infinis, et qui donne la foi. Bref, loin de vouloir ébranler toute certitude comme peuvent le faire les sceptiues, Pascal veut simplement rabattre l'orgueil des dogmatiques. D'où la célèbre formule "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point" qui donne malheureusement souvent lieu à une lecture sentimentale à contresens.
La raison tient le milieu ; si elle n'est pas tout, elle n'est pas rien non plus. Elle est à l'image de l'homme, un roseau certes, mais un "roseau pensant". Si la visée de Pascal dans les Pensée  est apologétique, elle ne vise pas à démontrer l'existence de Dieu, mais plutôt à entamer la certitude des athées ou des déistes. Les uns comme les autres comptent trop sur la raison, que ce soit pour comprendre Dieu ou pour s'en passer. Pascal lui, se réclame du "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants".



A suivre.... si la canicule n'a pas tout fait fondre d'ici là.....

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1 Timbré !

Sur les timbres-poste de tous les pays du monde le nom du pays est inscrit.... sauf, sauf, sauf.... sur les timbres du Royaume-Uni. Aucun nom de pays n'y figure ! Privilège du pays inventeur du timbre poste ?
Avant 1840, c'était le destinataire d'une lettre qui, lorsque le facteur la lui remettait, payait le transport. Le coût élevé dépendait du poids de la lettre et de la distance parcourue.
Un jour... dans une augerge, l'Ecossais Rowland Hill, observa une curieuse scène : le facteur apporta une lettre à une servante. Celle ci regarda attentivement l'enveloppe, puis répondit qu'elle ne pouvait pas payer.
Rowland Hill proposa de le faire à sa place, mais elle refusa.
€Pour empêcher cette fraude, Hill proposa en 1840 que les frais postaux soient désormais à la charge de l'expéditeur et ne dépendent plus de la distance. Un petit bout de papier à l'effigie de la reine Victoria, collé sur l'enveloppe puis tamponné, prouverait que le transport avait bien été payé.
Le timbre était né.

Comment appelle-t-on un collectionneur
de timbres ?
Question idiote, tu le sais, c'est un philatéliste.
Le timbre le plus rare a été émis en Guyanne britannique en avril 1859.
Il n'en reste qu'un seul exemplaire au monde. Un philatéliste américain
l'a acheté en 1980 pour la somme de 850 000 $, environ 643 500 €

INTERESSANT NON ?
Demain nous parlerons de Léonardo di Caprio, sauf si nous nous cassons un ongle, auquel cas....
nous verrons bien

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1 Note pour Chouyo !

De quelle région est originaire la dinde ? Le sais tu ?
La dinde vient d'Inde, mais pas de l'Inde que l'on connaît aujourd'hui : celle de Christophe Colomb. Lorsque le navigateur mit pied à terre en Amérique en 1492 après un épuisant voyage, il crut très sincèrement être en Inde (on lui pardonnera cette légère erreur d'appréciation). Depuis longtemps déjà, les Aztèques, qui vivaient sur le continent, avaient domestiqué l'oiseau et dévoraient sa chair à pleines dents, san soublier de faire des flèches et des costumes avec ses ergots et ses plumes. Les découvreurs du Nouveau Monde, conquis par cette "poule d'Inde", la ramenèrent en Europe où elle remplaça avantageusement le Paon, trop sec et filandreux, sur les tables royales.
La première "d'Inde" servie en France le fut à l'occasion du repas de Noël de Charles VII, où tout le monde se régala. Jusqu'au XIXème siècle, ce délice fut réservé aux riches familles.


Comment dit-on dinde en
anglais et en portugais ?
A l'époque où la dinde est arrivée en Europe, les
notions de géographie et d'ornithologie étaient encore
assez aléatoires. Ce qu'on savait, c'est que l'oiseau venait de loin.
Au Portugal et en Angleterre, l'oiseau a pris, comme en France, le nom
d'un pays lointain  il a été baptisé peru (Pérou) en Portugais et
Turkey (Turquie) en anglais.

ETONNANT, NON ?

Edit du 19 Juillet à 21:33 Je signale à mes nombreux lecteurs et mes nombreuses lectrices que cette note était mise en ligne avant le succès, foudroyant de notre Chouyette internetationale sur touitt'heure ! Car ce billet était programmé depuis que ma grand mère à plus vu le loup, c'est dire !

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0 DESCARTES 1596-1650


"Je pense donc je suis"

De la méthode et de ses errements
Géomètre, astronome, physicien, moraliste et théologien, René Descartes est le modèle même du penseur classique : un savant doublé d’un philosophe. Longtemps considéré comme « l’initiateur de la philosophie moderne », les études qui lui sont consacrées aujourd’hui ont contribué à nuancer cette image.

Illuminations pour le père de la raison
René Descartes raconte que, durant la nuit du 10 au 11 novembre 1619, il fit trois rêves qui allaient changer le cours de sa vie. Le jeune homme, alors âgé de vingt-trois ans, a fait halte dans un petit village sur les bords du Danube (Allemagne). Il est en garnison avec les troupes du Duc de Bavière, qu’il a rejointes un peu plus tôt. Alors que ses compagnons d’armes passent leurs soirées ensemble à boire et bavarder, lui a préféré s’enfermer dans une petite chambre d’auberge. Là, il lit, étudie, prend des notes. Depuis la fin de ses études de droit, il s’est lancé dans l’exploration des mathématiques. Il y excelle. Les mathématiques lui offrent une nouvelle façon de voir le monde. La rigueur mathématique n’est-elle pas un instrument infaillible pour atteindre des vérités universelles et incontestables, mettre fin aux dogmes anciens, repenser le monde et s’en rendre maître ? Penser le monde à l’aide du seul instrument de la raison : voilà son but. Voilà à quoi il doit s’employer. Une révolution mentale est en cours et lui doit en être le principal artisan. Il s’endort, l’esprit en ébullition.
Commence alors son premier rêve :
. Il marche dans la rue. Un vent violent le pousse contre un bâtiment. Il s’agit du collège jésuite de La Flèche, là où il a fait ses études de 1606 à 1614. Il entre et rencontre un homme qui l’appelle par son nom. On lui propose un melon ! Descartes se réveille. Ce rêve l’intrigue. Il passe deux heures à méditer. Puis se rendort.
Débute alors le deuxième rêve :
. Il se trouve dans une pièce, où, après un coup de tonnerre, la foudre fait descendre sur lui comme une pluie d’étincelles. Il se réveille une seconde fois, puis se rendort de nouveau.
Vient alors le troisième rêve :
. Où il est question d’une encyclopédie, et où un personnage apparaît, un poète.
Pour Descartes ces rêves ont un sens. Ils lui indiquent une mission. Le vent est le mauvais génie qui le pousse vers les savoirs anciens. Il doit s’en détourner. La pluie d’étoiles signifie qu’il a été choisi pour dévoiler une grande vérité. L’apparition de l’encyclopédie indique la voie : unifier les connaissances autour d’une méthode nouvelle, fondée sur la seule raison. Voilà son projet.

Descartes va alors se retirer de la vie militaire. Après avoir hérité d’une petite fortune familiale, il passera le reste de ses jours à satisfaire sa passion : la science. Après avoir transité par plusieurs pays : - Hollande, Allemagne, Suisse, Italie- puis fait des retours épisodiques en France, il se fixe en Hollande en 1628. Là, il pense trouver une plus grande tranquillité d’esprit. Il se met à la rédaction de plusieurs écrits dont un Traité du monde qu’il renonce à publier craignant l’hostilité de l’Eglise (il ne le sera qu’après sa mort en 1701).

En 1637, Descartes se décide à faire imprimer trois traités qui résument les travaux qu’il mène depuis des années en optique (Dioptrique), sur les phénomènes météorologiques (Météores), et surtout sa Géométrie où il expose les bases de la géométrie analytique. Il fait précéder ces traités d’une préface d’une soixante de pages qui deviendra le plus célèbre texte de la philosophie française : Le Discours de la méthode.
« Je pense donc je suis »
Dès le début du Discours de la méthode (1637), Descartes prétend avoir trouvé une méthode infaillible pour faire progresser les connaissances.

Cette méthode repose sur quatre principes :
1. Rejeter les connaissances préalables non assurées et n’accepter que les vérités claires et évidentes (règle d’évidence).
2. Décomposer chaque problème en des problèmes plus simples et élémentaires (règle d’analyse)
3. Remonter pas à pas du simple au complexe (règle de l’ordre)
4. Saisir le tout dans une vue générale pour vérifier qu’aucune faute ou oubli n’a été commis (règle du dénombrement)

Cette méthode, Descartes nous dit l’avoir appliquée avec succès dans le domaine de l’algèbre et de la géométrie. Pourquoi ne pas l’étendre à la nature, à l’homme, à la morale, à la métaphysique ?
Sa démonstration suit plusieurs étapes. D’abord, remettre en cause toutes les opinions acquises : c’est le fameux « doute cartésien ». Mais le doute pouvant mener au scepticisme généralisé, il faut reconstruire. On peut douter de tout, écrit Descartes, sauf d’une chose : le doute lui-même. Douter c’est penser. Et si « je pense » alors « je suis » (du moins en tant qu’être pensants). Cogito ergo sum. Chez l’homme, la raison est première, affirme Descartes. « En tant qu’il a pris le penser pour principe », écrivit Hegel, Descartes peut être considéré comme le véritable initiateur de la philosophie moderne. Cette opinion, qui a longtemps eu cours est nuancée aujourd’hui par certains auteurs qui soulignent les continuités et les emprunts que Descartes a faits à d’autres penseurs ou savantes.

A partir du doute et du cogito, Descartes tente une démonstration de l’existence de Dieu (étant moi-même un être imparfait, il faut bien qu’une entité supérieure ait mis en moi l’idée de perfection). Puis, sa métaphysique étant posée, Descartes revient sur la terre ferme. Le monde qui nous entoure suppose l’existence d’un ingénieur qui en a défini les lois et lui donne en permanence un certain mouvement. Après Dieu, vient le monde : Descartes présente alors sa conception mécaniste du monde. Puis enfin, les questions morales où Descartes s’en tient finalement à des positions assez conformes à celles de son temps.

Le doute, la pensée, Dieu, enfin le monde
Descartes adoptera le même plan argumentatif que dans le Discours de la méthode pour ses textes ultérieurs comme ses Méditations métaphysiques (1641) et ses Principes de philosophie (1644). Dans ces trois textes, on retrouve le même cheminement : le doute suppose la pensée qui implique Dieu qui explique le monde. Tout semble s’enchaîner comme dans une démonstration mathématique. La publication du Discours de la méthode et ses trois traités rend Descartes célèbre dans toute l’Europe cultivée. Des disciples rallient sa cause. Certains le critique vertement.

En Suède, la reine Christine a entendu parler du philosophe. Elle le fait venir à ses côtés pour qu’il lui enseigne sa science. Mais du fait du climat de Stockholm à l’heure de ses rendez-vous avec la reine, fixés à cinq heures du matin, Descartes contracte une pneumonie dont il meurt en février 1650.

J.F Dortier
In Cinq siècles de pensée française

La prochaine fois nous parlerons de PASCAL
sauf si nous parions que les médias, le parleur et le menteur, internet et mon beau frère nous disent : Non


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2 Ratage !


Au départ, cela ressemble bien à un ratage....
Ecoute cette histoire !
A la fin du XIXème siècle, Caroline et Stéphanie Tatin tenaient l'hôtel-restaurant situé en face de la gare de Lamotte-Beuvron, au sud d'Orléans. Caroline, la plus jeune, avait la tête bien sur les épaules : les clients venaient souvent la voir pour lui demander conseil. Stéphanie, l'aînée s'occupait de la cuisine.
Stéphanie : Une vraie tête en l'air !
Un jour, à midi, elle s'aperçut qu'elle avait oublié de préparer le dessert ! Elle s'empara de pommes, les disposa dans un moule à tarte, les sucra et mit le tout au four. Ouf, sauvée ! Quand, tout soudain elle réalisa qu'elle avait oublié le plus important : la pâte à tarte. Elle ouvrit le four et la déposa sur les pommes.
A la fin de la cuisson, le résultat n'avait pas belle allure : c'était pas d'la tarte... Pour réparer sa bourde, Stéphanie remit le dessert à l'endroit, et, par manque de temps, le servit chaud.
C'était, c'était, c'était.... croustillant et délicieusement caramélisé. Une belle réussite.

Le lancer de moule à tarte a donné
naissance à un jeu célèbre. Lequel ?
Dans les années 1940, l'usine de gâteau de William Frisbie
fournissait les desserts à la cantine de l'université américaine de Yale.
Après le repas, les étudiants s'amusaient à faire voler les moules !
Ce jeu a rapidement été appelé le "frisbie"

Et voilà !
Bientôt une autre information de la plus haute importance.... sauf si je reçois une enveloppe kraft conséquente...

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0 De saison !

Un bon sandwich sur la plage, le sable bien collé sur le beurre, le jambon qui transpire, super non ?

Mais qui donc a inventé le sandwich ?

C'est John Montagu, quatrième comte de Sandwich, qui vécut en Angleterre au XVIIIème siècle. Il avait deux passions : la politique et le jeu.
De la première, il fit son métier en travaillant dans plusieurs gouvernements britanniques, notamment comme ministre de la Marine.
Grâce à la seconde, il laissa son nom dans l'histoire. En effet, il passait de longues heures a jouer aux cartes avec des amis, si bien qu'il ne prenait pas le temps de manger.
Un jour, en 1762, son cuisinier eut une géniale idée : il glissa une grosse tranche de jambon entre deux tranches de pain et les présenta au comte. Celui-ci put manger sans se salir les doigts ni s'arrêter de jouer.
Le premier sandwich était né !
Le mot "hamburger", mais c'est bien connu, vient de la ville allemande de Hambourg. Autrefois, on y faisait cuire les tranches de boeuf de façon particulière. En traversant l'Atlantique, ce hamburger stück est devenu un hamburger steak.
Quant au "hot-dog", qui signifie "chien chaud" mais ça on ne sait pas pourquoi !  ? la forme de la saucisse rappelerait peut être celle d'un basset ! que de recherches encore à venir.

Quant aux Iles Sandwich, elles furent découvertes en 1776 par le navigateur James Cook qui les baptisa pour remercier le comte de Sandwich qui l'avait aidé à financer son expédition !

Et si ON rebaptisait le nom de nos "partis" du nom des généreux donateurs, ça donnerait quoi ?

TROP BIEN... NON ?

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0 Montaigne inconstant - 1532 -1592

"L'amitié se nourrit de communication"
Sceptique dans qui monde qui s'ouvre, Michel Eyquem de Montaigne est sans doute le dernier des humanistes de la Renaissance. Son oeuvre unique est à la fois intimiste et critique, tant elle soulève de questions sur le spectacle de son siècle.
Dans sa tour bibliothèque
Montaigne a trente-huit ans lorsqu'il décide d'abondonner ses charges publiques et de se retirer dans son château. Il va pouvoir enfin se consacrer à ses Essais. Nous sommes en 1571.
Assis à son bureau, au sommet du pigeonnier qu'il a fait aménager en bibliothèque, ilsonge à sa jeunesse. Il se revoit enfant, courant dans la cour du château familial. Son père, selon les principes d'une éducation très moderne, avait voulu que l'enfant aprenne le latin sans effort, comme une langue vivante : précepteur et gens du château, tous sont contraints  à ne parler que le latin devant l'enfant. Il se souvient de la surprise des autres élèves à son arrivée au collège de Bordeaux devant un garçon qui ne parlait que la langue de Cicéron ! Puis il y eut ses études de droit, ses débuts de magistrat au parlement de Bordeaux, sa rencontre avec son ami Etienne de la Boétie, mort à l'âge de trente-trois ans, son mariage avec Françoise de la Chassaigne, ses six filles, toutes mortes en bas âge sauf sa petite Eléonor. Il songe à son père disparu l'année précédente. Tous ces fantômes sont là lorsqu'il commence l'écriture des Essais.

"C'est moi que je peins"
Toute l'entreprise des Essais repose sur ce principe inaugural : Montaigne sera l'objet de son livre. Oser parler de soi est une révolution mentale. Cette posture marque la naissance de l'humanisme (mettre l'homme et non Dieu au centre de l'univers). Mais attention au contresens : individualisme n'est pas narcissisme. Montaigne n'adopte pas une posture avantageuse. Son moi n'est pas souverain. Certes, il écrit sur lui et pour lui ("Je suis moi-même la matière de mon livre"), mais non pour servir sa gloire et obtenir la "faveur du monde". Au contraire. Il s'agit de mettre son âme et sa vie à nu : "Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention ni artivice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif."
Physiquement, il se dépeint sous des traits banals,, il est petit (il en fait manifestement un complexe). Psychologiquement, il se décrit comme inconstant et velléitaire. C'est d'ailleurs selon lui l'un des traits de la nature humaine, affirmé dès le premier essai : "C'est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l'homme. Il est malaisé d'y fonder jugement constant et univorme " (Essais, I,1). Il y reviendra à plusieurs reprises. Dans "L'inconstance de nos actions" (II,1), il écrit : "Chaque jour nouvelle fantaisie, et se meuvent nos humeurs avec les mouvements du temps." C'est donc le poids des influences et des contraintes qui détermine nos actions bien plus que notre volonté ("Nous n'allons pas : on nous emporte", "Nous flottons entre divers avis, nous ne voulons rien librement, rien absolument, rien constamment").
Une volonté défaillante et un esprit inconstant, voilà comment Montaigne se dépeint et dépeint l'humanité en général. Les circonstances nous font changer d'avis... Seul ne change pas notre sentiment d'avoir toujours raison ! A travers ses propres faiblesses, Montaigne veut dépeindre l'homme en général. D'où la célèbre formule : "Chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition." En se dépeignant sans concession, il cherche à dévoiler la nature humaine. Le projet consiste donc à partir de soi - ce que l'on connait le mieux et le moins bien à la fois - pour scruter l'âme humaine. Cela suppose une bonne dose d'humilité, d'autocritique, d'autodénigrement et d'autodérision ("Au plus élevé trône du monde, ne sommes assis que sur notre cul") Bien avant Sigmund Freud, il fait de l'auto-analyse. Bien avant les thérapies cognives (l'horreur ndlr), il s'interroge sur ses propres représentations et ses conditionnements mentaux. La réflexivité (capacité de distanciation vis-à-vis de soi) est aujourd'hui à la mode, Montaigne la pratiquait déjà. Il y a plus de quatre siècles. On le voit, il y a en germe chez Montaigne bien des idées fortes redécouvertes plus tard par les sciences humaines.

Les leçons des Essais
Des Essais, on retient en général le message humaniste, une conception interrogative et ouverte du savoir ("Que sais-je ?"), un projet éducatif ("Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine"), une vision lucide et pessimiste de la nature humaine, de l'inconstance de nos actions et de nos pensées.
Il y a également l'hyme à la tolérance. De ce point de vue, Montaigne représente le parfait chic type. Lui qui vit une époque agitée par les querelles de religion se comporte en sage. Il a fait graver sur une poutre de sa bibliothèque cette sentence : "A tout discours, s'oppose un discours de force égale" Les vérités contraires s'opposent et font couler le sang. En Amérique, alors qu'au nom de Dieu on extermine sans scrupule les Indiens, lui prend leur défense : "Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie." ("Des cannibales") Anthropologue avant l'heure,, il a compris combien nos valeurs et nos jugements sont relatifs à notre milieu. En matière pénale, il sera l'un des rares de son époque à s'opposer à la torture.
On peut y lire aussi sa philosophie du bonheur. Elle se résume dit-il, à un art de mourir ("Que philosophier, c'est apprendre à mourir"). Sur ce point il ne se distingue guère des philosophes antiues dont il est nourri : une pincée de stoïcisme, une autre d'Epicure. Stoïcien, il l'est par son refus de la vanité et son courage d'affronter la mort en face : épicurien, par son goût des choses simples et le culte de l'amitié. Sceptique aussi par son sens aigu de la relativité des pensées. Ce n'est pas là quil a le plus innové.

Critiques
Mais ce serait trahir l'esprit de Montaigne que de ne lui porter que des louagnes. Beaucoup de ses idées -sur le mariage par exemple- ont vieilli. Sa prose est souvent alambiquée, la construction tortueuse et les développement ennuyeux. André Comte Sponville prévient : la lecture des Essais est difficile, parfois rebutante". Charles Dantzig est plus brutal : "Pour tout dire, il m'emmerde" (in Dictionnaire égoïste de la littérature française).
La critique la plus grave, la plus acerbe et la plus juste vient de Nicolas de Malebranche (1638-1715). Méfiez-vous de Montaigne, nous dit l'auteur de De la recherche de la vérité, l'homme est plaisant, modeste, ouvert, il a des idées généreuses ; on lui pardonne donc tout. Et on se laisse bercer par une pensée attrayante mais décousue et sans cohérence. "Ces Essais ne sont q'un tissu de traits d'histoire, de petits contes, de distiques et d'apophtegmes." Montaigne le reconnaît d'ailleurs volontiers : "Mon style et mon esprit vont vagabondant de même." Les lecteurs des Essais savent combien il est difficile de suivre les propos de l'auteur tant s'y trouve de glissements de sens, d'approximations. Mais c'est justement le propre d'un nouveau genre - l'essai. Montaigne a inventé une façon d'écrire et de penser où il se livre sans fard (comme les confidences que l'on fait à un ami). C'est une intelligence en acte qui admet ses propres failles... Décidemment, on lui pardonnera tout !
Jean-François Dortier
in Cinq siècles de pensée française
Collection et Edition "Sciences Humaines"

La prochaine fois nous parlerons de DESCARTES
a moins que l'actualité, les médias, l'internet nous en empêchent !
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2 Sur l'ongle... mais pas vernis !

Au football, on n'a pas le droit de prendre le ballon avec les mains !
C'est pourtant grâce à cette faute qu'un nouveau sport a été inventé en 1823. Le savais-tu ?

Le rugby ! Personne ne saura jamais quelle mouche a piqué William Webb Ellis. Au cours d'un match de FOOT en Angleterre en 1823 ce jeune collégien piqua un sprint avec le ballon dans les bras, sous le regard incrédule de ses camarades.

Faute ! Faute !... Mais, attendez, ça peut être amusant comme nouveau jeu ! Au cours des années qui suivirent, des règles furent énoncées : l'objectif était d'aplatir le ballon de l'autre côté de la ligne de but adverse. Et puisque ce sport avait été inventé par un collégien de la ville anglaise de Rugby, on l'appela le "football de Rugby", ou plus simplement le "rugby". Il se développa dans plusieurs colonies anglaises (l'Australie, l'Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, Fidji...) et en France, où un sport plus ancien se jouait déjà à la main la "soule". Tous les quatre ans, une coupe du monde de rugby est organisée avec les meilleures équipes. Le trophée que brandit le vaniqueur s'appelle la coupe William Webb Ellis, en souvenir du jeune collégien qui inventa ce sport.


Aux Etats-Unis le football se joue avec les mains. "L'American football" est un sport inventé en 1875 à partir du rugby. Pour les Américains NOTRE football se nomme "soccer"

GENIAL... NON ?
Et que le vaste monde poursuive sa course folle !
Cormac Mc Carthy - La route